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« Vermeer et les maîtres de la peinture de genre »

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« Vermeer et les maîtres de la peinture de genre »

Exposition au Musée du Louvre Paris du 22/02/17 au 22/05/17.

 

                                                                   Johannes Vermeer, La Laitière, Rijksmuseum, ©Amsterdam, The Rijksmuseum

 

 

La peinture hollandaise occupe une position particulière dans l'art européen du dix-septième siècle. Là où l'Europe catholique célèbre la Contre-Réforme par la magnificence de ses décors et par la rhétorique majestueuse de sa grande peinture d'Histoire, les artistes des Provinces-Unies, nouvelle puissance marchande et calviniste, célèbrent l'émergence d'une société où la bourgeoisie détient tous les pouvoirs, y compris le pouvoir politique, et dans laquelle les nouvelles classes dirigeantes réclament aux peintres des tableaux qui se présentent comme autant de miroirs fidèles d'une société fière de sa réussite économique, et fascinée par l'imitation du monde visible, à travers la description des plus infimes détails de la création divine.

 

Les peintres hollandais délaissent alors la mythologie pour les études de mœurs, les natures mortes, les marines, les paysages, les vues de villes, autant de sujets qui exaltent la prospérité de la jeune république. Aussi, Vermeer de Delft (1632-1675), peintre de scènes de genre le plus souvent bourgeoises, s'inscrit dans une thématique intimiste qui ne l'isole certes pas de ses contemporains, bien au contraire, et c'est précisément là le propos de cette exposition exceptionnelle, puisqu'il ne cesse d'échanger avec les autres peintres de la société hollandaise, les Gérard Dou, Gérard Ter Borch, Pieter de Hooch, Gabriel Metsu, Frans van Mieris, Caspar Netscher ou Jan Steen. Échanges de thèmes : les relations épistolaires, les activités domestiques, la toilette, l'astronomie, la musique ; de figures de style : la fenêtre ouverte, entrouverte ou fermée sur la gauche du tableau, les emboîtements d'espaces, la conjonction du geste et du regard, l'activité solitaire ou concertante ; ou encore de motifs : le miroir, le rideau, le tapis en désordre, les instruments de musique en action ou en attente. Tous ces peintres célèbrent l'intimité de la vie hollandaise, le génie silencieux d'un peuple agissant et pensant, mais à mon sens, tous aussi, et Vermeer le premier, explorent le mystère même de la visibilité.

 

Regardons bien La Laitière, peinte dans les années 1658-60. Tout l'illusionnisme hollandais s'y déploie. Les objets sont minutieusement décrits : la croûte du pain fractionné, le lisse du récipient dans lequel l'officiante déverse le lait translucide, le rêche de la coiffe, la chaude épaisseur de la laine, la toile du corsage, jusqu'aux trous des clous dans le mur, tout est enregistré dans une fixité obsessionnelle, comme s'il s'agissait de consacrer d'abord, à travers la geste patiente de La Laitière, le pouvoir d'éternisation de la peinture ; en d'autres termes, un infini.

Le visible s'insinue partout, jusqu'aux détails légèrement flous de la corbeille et des morceaux de pain qui attestent que Vermeer a utilisé une camera obscura (l'ancêtre de nos appareils photographiques) pour peindre la scène : les lentilles du dix-septième siècle présentaient des défauts de polissage que le peintre n'a pas corrigé pour montrer qu'il utilise la haute technologie de son époque comme source de style. N'oublions pas que les Provinces-Unies ont perfectionné, sinon inventé, la lunette astronomique au début du siècle et qu'Antoni van Leeuwenhoek, l'exécuteur testamentaire de Vermeer, a été le premier à observer, en 1672, des bactéries au microscope, ayant fabriqué 247 de ces instruments. Le visible s'insinue jusqu'aux gouttes de la technique perlée, cette touche posée en grains de lumière si caractéristique du peintre de Delft, très perceptible ici sur la croûte du pain.

 

Bref, on voit tout... mais on ne comprend rien. Ou pas grand chose. Car la peinture de Vermeer reste à la surface et se refuse à la psychologie. À quoi pense cette Laitière ? Nous ne le savons pas. Et nous ne le saurons jamais. Son visage reste inexpressif, hermétique. Il est traité comme un objet indifférencié dans le continuum des objets qui l'entourent : le monde de Vermeer est un monde de choses muettes. Pareillement, lorsque Vermeer peint une femme qui lit ou écrit une lettre, nous n'en connaîtrons jamais le contenu alors que celui-ci détermine, précisément, toute la signification du tableau : lettre d'amour ? Peut-être au regard des mœurs et des thèmes littéraires de l'époque, mais rien ne l'affirme, d'autant que le visage de la femme ne trahit, là encore, aucune émotion. Chez Vermeer, une inconnue vient toujours questionner la finitude de ses intérieurs bien rangés. L'invisible affleure sous le visible. Encore un infini. Comme si Vermeer consacrait, dans ses tableaux, le divorce irrémédiable entre la perception et la connaissance. Irrémédiable, car posé dans un monde qui, de Galilée à Newton, s'élargit considérablement. Ce qu'avaient bien perçu Pascal et Spinoza.

 

Quel SENS pour nos organisations ?

 

Or, la question se pose aujourd'hui à l’entreprise avec autant d’acuité : comment sa performance économique, qui s'inscrit dans une réalité tangible et mesurable, repose en fait sur des mécanismes profonds, des affects, des désirs, des pensées, des récits, sur un substrat invisible qui sous-tend les process objectifs de décision, de production et de rentabilité ?

Car l'entreprise est toujours tiraillée entre le quantifiable et l'impondérable, cette part de l'humain dans la fabrication des choses, cette instance du sensible, du sociétal, cet ordre du latent, du non-dit, plus difficilement maîtrisable. Tout ce qui relève d'une énergie cachée qui peut être potentiellement créatrice un peu comme l'invisible constitue cette énergie cachée qui questionne, confère mystère et profondeur, qui, en un mot, donne signification à la belle surface visible des tableaux de Vermeer.

 

Car pour SENZEÔ ART, l'enjeu est bien là : donner sens à ce qui sous-tend le fonctionnement de l'entreprise et, par là-même, à son image. Travailler sur cette énergie latente par des outils de sensibilisation artistique, afin de la réinvestir comme force créatrice, force motrice de la performance économique. Et c'est par l'unification du récit interne de l'entreprise avec sa production, et de sa production avec son image, que SENZEÔ ART peut l'aider à reprendre sens, dans l'élargissement accéléré des savoirs et des référents de notre époque.

 

 

François Legendre

Historien d'Art - Sémiologue

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